La littérature autochtone francophone fait désormais partie du paysage culturel, au Québec et dans le mond La Journée internationale des populations autochtones est célébrée le 9 août et donne l’occasion de revenir sur l’affirmation de la littérature autochtone au Québec. Cette littérature a émergé en 1976 avec la publication du livre autobiographique d’ An Antane Kapesh (1926-2004) , J e suis une maudite sauvagesse . Une nouvelle phase est désormais atteinte depuis quelques années alors que la multiplication des conférences et des festivals attestent d’un fort ancrage éditorial. Certaines maisons d’édition, telles que Mémoire d’encrier ou La Peuplade , ont contribué à la découverte et à la valorisation de ce patrimoine au Québec. Plusieurs titres se classent désormais dans les meilleures ventes au Québec, comme Kukum , de l’écrivain et journaliste aux racines innues Michel Jean. Paru en 2019, il est l’un des plus grands succès littéraires québécois des dernières années, avec plus de 200 000 livres vendus. Le récit fera l’objet d’une adaptation théâtrale présentée au TNM cet automne. Directeur du centre d’études canadiennes de l’Université de Stockholm, je travaille particulièrement sur la littérature autochtone canadienne. Mon plus récent article, « Penser une ontologie décoloniale » , à partir du Manifeste Assi, de Natasha Kanapé Fontaine, a obtenu le prix 2023 du meilleur article du British Journal of Canadian Studies . La littérature, une réaction à la barbarie Le succès de cette littérature va de pair avec une reconnaissance progressive de l’identité des Premières Nations au Canada, même s’il reste beaucoup de chemin à faire . Ce travail institutionnel est ainsi illustré par les conclusions de la Commission de vérité et réconciliation (2007-2015) qui a révélé la maltraitance de générations d’enfants autochtones dans ce qu’on a appelé les « pensionnats indiens » . De nombreux témoignages ont été déposés et analysés pour comprendre les raisons de cette acculturation dont l’objectif était bien de « tuer l’Indien » et de séparer les enfants de leurs familles pour en faire de vrais citoyens canadiens et leur donner une éducation chrétienne. Le dernier pensionnat a fermé ses portes en 1996 au Québec, mais le traumatisme continue de toucher des générations autochtones qui ont perdu leurs racines. La littérature autochtone francophone est d’abord une réaction à cette barbarie. Elle cherche à donner une autre image des Premières Nations. Que ce soit dans Atuk de Michel Jean ou dans Kuei, je te salue de l’écrivaine et artiste multidisciplinaire innue Natasha Kanapé Fontaine (en dialogue avec le journaliste et écrivain Deni Ellis Béchard ), la question des écoles résidentielles est abordée comme l’un des pires symboles de la pensée coloniale .