(inbjuden av Françoise Sullet-Nylander)

Abstract:
Dans le prolongement des travaux de Magri & Rabatel 2014, Rabatel & Magri 2015, j’analyse la répétition à l’identique, donc basée sur le signifiant, en discours et dans ses dimensions figurales et textuelles, donc au-delà des limites des seules figures de rhétorique et de celles de la phrase-énoncé. Je fais miennes les remarques sur la dimension universelle et existentielle de la répétition (Prak-Derrington, à paraître) : les dictionnaires français, allemand, anglais, par exemple, indiquent que répéter c’est redire et refaire, sans que l’un des deux sens soit premier ou dérivé ou figuré ; de plus, la distinction des puristes entre répéter signifiant chercher à atteindre de nouveau (une nouvelle fois) ou à nouveau (de façon différente) présente l’intérêt théorique de pointer vers une pratique innovante de la répétition, proche de la répétition en avant de Kierkegaard, 2003, différente de la répétition en arrière ou du retour du même. Partant de là, je ne partage pas la thèse formulée par Noailly & Richard 2014 sur la dimension informative quasi nulle de la répétition, en dépit de son rôle syntaxique structurant :

On assiste à un phénomène d’entraînement, la mécanique enclenchée semble pouvoir se poursuivre indéfiniment, […]. Cela confère une architecture très forte au texte. […] Après quoi, ou on en reste là, ou la mécanique de la répétition se met en marche, et alors il n’y a plus de raison pour que ça s’arrête. Et on doit reconnaître que, plus le nombre de reprises augmente, plus, évidemment, la formule répétée fera signal, s’imposera à la mémoire, au détriment de la partie différenciée de chaque énoncé, qui pourtant concentre sur elle toute l’information. On est là dans un processus semi-litanique, souvent incantatoire, où la captatio est plus importante que le reste. C’est mécanique et c’est lassant. (Noailly & Richard 2014 : 273)

Ce raisonnement entérine les jugements négatifs sur la « mécanique » de la répétition, d’après une conception du sens réduite à la signification des contenus propositionnels, indépendamment de leurs valeurs énonciatives, comme si répéter n’entrainait pas de changement de point de vue sur l’objet. Prak-Derrington pose qu’il y aurait une « absence de dynamisme informationnel […] inversement proportionnelle à la puissance performative » (Prak-Derrington à paraître). Or cette formulation radicale sous-estime la dimension signifiante… du fait de répéter et d’amplifier non seulement en répétant mais en ajoutant du nouveau, en inscrivant ce nouveau dans l’orbite du Même ou du Pareil. C’est là un fait textuel fondamental : les répétitions et leurs ajouts sous formes de variations produisent des harmoniques en halo qui confèrent une sursignification globale à un message dont le sens ultime est profus, disséminé sur l’ensemble du texte. Tel est le terminus ad quem de mon intervention. Mais avant d’en arriver là, je voudrais présenter rapidement le poème religieux de Péguy, « Sainte Geneviève patronne de Paris » [1]. Je traiterai ensuite de la répétition, en focalisant sur certaines différences d’avec les reformulations, avant de distinguer des répétitions en avant, dynamiques, et des répétitions en arrière, mécaniques [2]. Dans un troisième temps, je dégagerai les niveaux de répétition + variations qui jouent un rôle fondamental dans cette dynamique [3], avant de préciser les mécanismes gestuels et textuels de ces répétitions en avant et leurs effets pragma-énonciatifs, en termes de signifiance [4].
Voir par exemple les développements nietzschéens sur l’éternel retour dans Le gai savoir (§ 341) et Ainsi parlait Zarathoustra (III, « De la vision et de l’énigme »).

Voir les conceptions négatives qui, dans les analyses des discours politiques, font de la répétition une figure de la sloganisation (Tournier 1985), du martèlement, voire du bourrage de crâne (Mayaffre 2015).

Arrangör/Organiser: Romling-forskningsnätverk
Webbadress/Webpage: www.su.se/Romklass
Kontakt/Contact: Françoise Sullet-Nylander
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